SOPHIE NYNS

“La gestuelle dans la statuaire” de Sophie Nyns à l’Espace Européen pour la Sculpture dans le Parc régional Tournay Solvay en automne 2006.

Sophie Nyns par Ida Jacobs

La désinvolte sérénité des statues

La fantaisie doucement ironique des œuvres de Sophie Nyns, la joie tranquille de ses personnages tout en grâce et poésie nous disent que le bonheur, délesté des charges souvent dérisoires sous lesquelles nous les conditionnons, se compose de choses simples. Cette manière de rendre hommage à la vie, cette exquise politesse lucide faite à l’art lorsque la rêverie rejoint l’humour, n’étonnent pas quand on connait l’auteur.

Née à Bruxelles en 1926, Sophie Nyns est la fille unique d’un couple ouvert sur le monde culturel. Sa vocation d’artiste se manifeste très tôt, et son destin se confirme dès qu’elle suit des études en poterie et céramique à la Cambre,-où elle est l’élève du pionnier de la sculpture céramique en Belgique, Pierre Caille- ainsi que des ateliers à l’Académie de Boitsfort. Au cours de cette période de formation, elle rencontre des artistes qui marquent le paysage belge de la peinture, du dessin, de l’architecture et de la sculpture. Les femmes qu’elle sculpte aujourd’hui dans le bronze, ces personnages qui portent leur regard au loin, altières nudités aux seins hauts dont le corps dément l’expression détachée du visage, et qui deviennent quelquefois des anges facétieux par la grâce d’une petite paire d’ailes, en sont la preuve éclatante, s’il en fallait une. Elles reçoivent des titres qu’Eric Satie n’aurait pas reniés pour ses partitions, qui tempèrent de façon ludique et comme par pudeur le dévoilement des sentiments induits dans les courbes.

Belle pour la fête, l’amour, cela fatigue vraiment, non et non, danseuse dansant sereine mais cependant en attente racontent le sujet très sérieux de la séduction pimenté en petit farce, ces dames n’hésitant pas à se doter d’une coiffe ou d’un châle comme falbala soutenant l’éternel féminin.

Si “l’ange musicien” sourit de cette gaieté tempérée, c’est auréolé de paix qu’il côtoie les bronzes de pigeons aux linges pures et élégantes. “Pigeon à la branche”, “petit pigeon calme”, “petit pigeon heureux”, et “la houppe”, expriment autant d’odes à la nature par la représentation sereine d’une de ses espèces les plus modestes.

L’artiste aborde un autre chapitre de son talent par le “centaure joyeux” et la “centaure un peu timide”. L’esprit surréaliste de ces œuvres s’annonce par “cheval et petite dame”, une sculpture conçue, c’est le mot, comme les prémisses indispensables à la naissance d’un centaure. Ce petit bronze composé de deux éléments qui s’imbriquent suscite diverses réactions parmi le public. Certains, au diapason avec l’artiste, saluent son humour vivifiant, d’autres s’offusquent. Sophie Nyns, le sourire au coin, s’amuse.

Depuis plusieurs années, ses expositions sont consacrées aux bronzes à cire perdue, une technique qu’elle maitrise à merveille. Quand on lui demande pourquoi elle a abandonné la sculpture de céramiques, elle élude la réponse mais lance un laconique : “parce que cela cassait”. Des paroles prononcées avec le plus sérieux. Sophie Nyns n’aime pas se livrer; ses œuvres et son parcours parlent pour elle.

Dès 1949, de nombreuses expositions personnelles à Bruxelles et ailleurs en Belgique font connaitre ses céramiques au public. Elles sont suivies d’expositions d’ensemble, tant nationales – avec “Val de Cambre” aux musées d’Ixelles et de Louvain-le-Neuve, aux galeries Dewever, de Carnière, Ago – qu’internationales, à Berlin, Bogota, Barcelone, Lozt, le Cap, Paris, Marseille et d’expositions organisées par l’État au Middelheim d’Anvers, aux musées de Gand, Hasselt, Verviers et Mons ainsi qu’au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles.

https://www.lalibre.be/2006/10/25/sophie-nyns-CS5WRC6WBFHXLDVSVT6EYL7AYM/